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Elysium

Elysium, ni là ni ailleurs

Elysium

    En ce mois d’août, Elysium arrive dans les salles comme sur un terrain miné. En effet, après ce que certains ont trop vite décrit comme « l’âge d’or du cinéma spectaculaire », les déceptions de Man of Steel, World War Z ou Star Trek Into Darkness ont laissé place à ni plus ni moins que de véritables déroutes au box-office – parmi lesquelles Pacific Rim, R.I.P.D. ou Lone Ranger –, donnant ainsi du crédit à cette explosion du marché prédit par Steven Spielberg et George Lucas. Pourtant, écrit et réalisé par un seul homme, Neil Blomkamp – ce qu’aucun des films cités plus haut ne pouvait affirmer –, Elysium se présente comme un objet filmique double et ambigu, à la fois pure blockbuster et film d’auteur au casting hétéroclite, à la fois, à travers la dystopie de son intrigue, une critique de la politique des États-Unis (dont une partie importante du public, se sentant directement visé, n’a pas hésiter à qualifier le film de « socialiste ») qu’une allégorie de l’apartheid en Afrique du Sud, pays dont Blomkamp est originaire. Problème : plus le film progresse, plus cette dualité se dilue dans les obligations d’un cahier des charges exagérément visible. Explications.


    Riche, ambitieux, fourmillant, l’acte un du film a pourtant tout pour plaire. Sans verser dans le misérabilisme ou une morale outrancière, le récit se contente de présenter un futur crédible et de poser, finement, de véritables questions. Mieux, le personnage principal est excellemment défini et gorgé émotionnellement – de quoi souffler, tant cela faisait défaut à tous les récents blockbusters. Mais le premier écueil survient lorsque Blomkamp, face à l’ambition et l’immensité de son propos, choisit trop grossièrement de précipiter son récit vers les rouages cadenassés de la structure. Tout semble alors tomber comme un cheveux sur la soupe ; que John Carlyle (William Fichtner), le riche industriel qu’attaque Max (Matt Damon) soit, comme par hasard, l’homme choisit pour « rebooter » Elysium (intrigue introduite seulement dix minutes auparavant), paraît trop mal venu, trop incohérent ; de la même façon, la révélation que Frey (Alice Braga) ait en fait une fille, qui soit atteinte de la leucémie, survient, là encore, de manière trop commode. En effet, une intrigue est comme une plante, il faut planter ses graines, attendre qu’elle pousse pour se mêler au jardin ; dans Elysium, trop d’intrigues s’imposent directement à nous tels des arbres déjà centenaires. Ainsi, l’acte deux, pourtant le plat de résistance d’un film, est raté ; il ne sert que de pont. Mais où l’acte 3 aurait pu, malgré tout, se reconnecter émotionnellement aux forces de l’acte un et préserver la beauté du cœur filmique, il échoue quasi-entièrement.


    Car au lieu de traiter le véritable conflit philosophique, d’opposer Max à une Jodie Foster assez fascinante, Elysium choisit lâchement d’évacuer le personnage de cette dernière pour finalement se consacrer à une troupe de mercenaires ennuyeux, dénués de toute symbolique ; le film choisit, en somme, de rediriger tout son propos au profit d’une action vide de sens. Ainsi, Blomkamp clôt son histoire sans qu’on n’ait jamais vraiment eu le temps d’explorer Elysium, son gouvernement, ses règles, ses intrications, et encore moins cette Madame Delacourt à laquelle il serait difficile d’attribuer le moindre adjectif qualificatif. La déception est d’autant plus forte au vu du potentiel du film, qui, à terme, ne parvient jamais à capitaliser sur ses bonnes idées (la machine à tête de Méduse permettant la préservation du corps, la machine de reconstruction faciale) et échoue à les élever au-dessus du simple gadget.


    Mais de ce film donc inégal, on retiendra sans réserve Matt Damon, excellent de bout en bout et dont le sacrifice final parvient même à faire résonner cette émotion introduite durant le premier acte. Loin des passants inexpressifs Brad Pitt ou Henry Cavill, perdus dans la masse d’effets spéciaux de leur film respectif, Damon brille de par son physique, sale, ruisselant, abîmé. Cet ouvrier rasé des favelas de Los Angeles, cet homme n’ayant jamais voyagé et se sentant pourtant déraciné de sa vie, ce bad boy de bonne volonté, profondément seul et progressivement transhumain mais qui, dans le même temps, porte cette étincelle d’innocence et cet amour d’enfance, ce n’est pas rien. Le voir condamné à la mort mais arracher férocement la tête d’un droïde, la voilà, la planche de salut du film.


Bande-annonce Elysium

Le voici enfin, la bande annonce de Elysium, le nouveau film du génial Neill Blomkamp.

synopis :En 2159, alors que la population riche vit sur une station spatiale artificielle le reste de la population tente de survivre sur la Terre dévastée. Un homme accepte une mission qui pourrait ramener l’égalité entre les deux mondes.