Avec son épisode « The Break-Up », diffusé sur la Fox le 4 octobre dernier, la quatrième saison de Glee s’est envolée vers des sommets encore jamais atteints par la série. C’est aussi, de manière plus générale, un parfait exemple de ce qu’une série feuilletonesque se doit souvent de faire lorsqu’elle s’étale dans le temps : se transformer en une autre créature.

 

   Après une saison 3 en deça des précédentes, le season 4 premiere de Glee avait laissé un étrange goût dans la bouche. A l’image de ce montage final alternant entre les péripéties de Rachel à New York et celles de son successeur désigné, Marley, fraîchement arrivée au lycée de McKinley, la série semblait alors hésiter sur son futur. Le titre de l’épisode, « The New Rachel », était d’ailleurs un beau résumé de cet état transitionnel puisqu’il faisait à la fois référence à Marley et à Rachel elle-même, en passe de devenir « quelqu’un d’autre », ou en tout cas cet archétype de la femme indépendante à New York.

 

    Cet accent mis durant tout le premiere sur Marley, et, de manière similaire, sur Jake – ce demi-frère de Puck et surtout remplaçant désigné de l’ancien bad boy – nous ramenait forcément vers les mauvaises heures de la saison 3 et ces tentatives lassantes d’une série s’accrochant à sa vieille formula (rapidement : de jeunes losers que tout opposait et qui pourtant tombent amoureux dans la chorale d’un lycée). Mais parce qu’une série reste, inévitablement, liée autant à cette formula qu’à son diffuseur, qui attend logiquement la reproduction de ce produit qu’il avait originalement commandé, il serait malvenu de jeter la pierre à Glee pour tenter malgré tout de préserver ce qui fit son succès d’antan.

 

    Car, parallèlement à cela, Glee ose la transformation. Elle est, dans le quatrième épisode de la saison 4, splendide. « The Break-Up », écrit par Ryan Murphy1, se révèle d’une grande poésie, notamment de par son titre, encore une fois loin d’être anodin. En effet, en tant que spectateurs, nous nous attendions logiquement à ce que cette fameuse rupture se réfère à celle entre Rachel et Finn, dont nous pouvions voir les prémisses à la fin de l’épisode précédent. Pourtant, rapidement, l’épisode bascule, et c’est successivement plus à Kurt et Blaine, Santana et Brittany, puis Will et Emma, que nous pensons. Finalement, ce sont les quatre couples qui s’envolent simultanément en éclats – choix on ne peut plus original et courageux de la part des showrunners – et les dernières minutes ne sont par conséquent pas que déchirantes : elles s’élèvent aussi au dessus du sujet, car le vrai « Break Up » qu’évoquait la série, c’était celui de la série avec elle-même.

 

    Parsemé de flashbacks des deux premières saisons, l’épisode aurait presque l’allure d’un series finale, sonnant comme l’adieu à une époque2. Qu’il soit, au contraire, l’un des premiers épisodes de la saison, impressionne. Déjà parcourue par une rencontre passionnante avec la télé-réalité et son spin-off unscripted The Glee Project3, la série de Ryan Murphy laisse ainsi présager qu’elle pourrait devenir une vraie série monstre, divisée entre la reproduction quelque peu absurde d’une formula et le prolongement inattendu de cette dernière. C’est précisément en ces occasions qu’une série feuilletonesque devient une planche de story-telling sans rivale : lorsqu’elle continue une histoire là où d’autres la laisseraient morte4, lorsqu’elle suit ses personnages lorsqu’ils en deviennent de nouveaux.

 

    « Take me back to the start »5, implorent les héros de Glee, lors des toutes dernières minutes de l’épisode. Avec cette complainte, Ryan Murphy sait parler autant au nom de ses personnages que de ses spectateurs : les deux font face à un monde – et une série – qu’ils ne reconnaissent peut-être plus. Tous, pourtant, savent parfaitement qu’exaucer cette prière n’aurait pas grand intérêt. Car « The Break-Up » n’est pas « The End ».

 

NOTES

 

1Malgré ses nombreuses activités sur American Horror Story, The New Normal et The Glee Project, on remarquera que Ryan Murphy a tenu à écrire cet épisode quatre, lui qui était pourtant déjà crédité du season premiere. On peut dès lors supposer que l’auteur se chargera personnellement de cette « métamorphose » de la série, laissant la reproduction de la formula et les personnages de Marley ou Jake à ses compères Brad Falchuk et Ian Brennan (ainsi qu’aux nombreux seconds couteaux, puisque Glee a, depuis la troisième saison, une véritable pool de scénaristes).

2Ici, l’émotion est probablement plus difficilement accessible si l’on ne suit pas Glee depuis le premier jour. C’est un problème inévitable lorsqu’on s’aventure sur le terrain de la nostalgie et qui contribue à rendre l’art des séries peut-être plus éphémère que d’autres. Il y a par exemple fort à parier que les plus grosses larmes coulées devant le méta-finale de Lost seront à jamais celles de ceux qui suivirent la série du premier mercredi à son dernier…

3Accentuée par l’apparition durant la saison 3 de NeNe Leakes, révélée par la télé-réalité The Real Housewives of Atlanta et désormais membre du casting de The New Normal.

4Les exemples sont nombreux voir même source de spoilers. Citons tout de même la récemment défunte The Killing (version US), qui malgré son finale raté, trouvait son cœur dans cette volonté de poursuivre encore et toujours son histoire et cet insaisissable tueur. Et ce alors que la série avait été initialement conçue comme une formula censée se reproduire saison après saison.

5Coldplay démontrent en passant, n’en déplaise aux cyniques, qu’ils n’ont pas d’équivalent quand il s’agit d’illustrer de tels passages. « The Scientist », tube interplanétaire s’il en est, résonne ici comme la première fois. Il en allait de même pour « Fix You », chantée par Will dans l’épisode 3 de la saison 3, et aussi entendue récemment dans une scène toujours si over the top, moralisatrice mais aussi parfaitement réussie de The Newsroom.